Agrile du frêne: des dommages incommensurables

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En ce jour de la Terre, un court billet sur un enjeu environnemental de la première importance. Vous en avez certainement entendu parler, du moins vaguement : l’infestation par l’agrile du frêne est en train de prendre des proportions très importantes à Montréal. Cet insecte ravageur menace l’ensemble des frênes sur le territoire de la métropole, soit 300 000 arbres – dont plus de 25 000 sur le Mont-Royal seulement. Oui, vous avez bien lu. 300 000 arbres. Et lorsqu’un frêne est infesté au-delà d’un certain seuil, il n’y a aucun remède possible. Il doit être abattu.

Il serait facile de caricaturer cet enjeu et d’en faire une simple question d’écolos au cœur tendre et de tree huggers. La réalité est beaucoup plus complexe et inquiétante. La canopée urbaine nous fournit des bénéfices incommensurables, non seulement en termes environnementaux et de qualité de vie, mais aussi en termes économiques et de santé publique.

En effet, la présence d’arbres dans un quartier ajoute de la valeur aux immeubles qui s’y trouvent, parfois de l’ordre de plus de 10%. Et pour cause. Ils produisent évidemment de l’oxygène, mais aussi de l’ombre et de la fraîcheur dans des endroits qui deviendraient autrement des îlots de chaleur. En ce sens, ils contribuent donc à notre santé respiratoire. Les zones plantées d’arbres contribuent aussi à retenir l’eau de pluie, et donc à lutter contre les inondations et les débordements d’égout. Pour les résidents comme pour l’administration, c’est tout bénéfice. Bien qu’il soit très difficile d’en estimer la valeur monétaire, différentes sources l’évaluent à plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers de dollars. Par arbre. Faites le calcul. C’est vraiment aussi simple que ça : notre canopée urbaine se traduit en espèces sonnantes et trébuchantes, dans nos poches et dans les coffres du Trésor public.

Nous pouvons légitimement espérer que les frênes coupés seront remplacés. Et que l’on ne répétera pas la même erreur que par le passé en ayant recours à la monoculture : nous devons planter différentes essences afin de limiter les dégâts potentiels d’une future infestation. Mais il faudra des années, des décennies en fait, avant que les jeunes pousses que nous planterons demain puissent nous fournir les mêmes bénéfices que les arbres matures que nous couperons aujourd’hui.

C’est pourquoi nos décideurs publics doivent mettre sur pied une stratégie globale et agressive. Il en coûtera systématiquement moins cher de prendre les moyens pour endiguer le plus longtemps possible l’infestation, tout en accélérant le rythme de remplacement de nos arbres, que d’attendre les bras croisés pendant que notre canopée (et les avantages qu’elle nous procure) sont réduits comme peau de chagrin. Il est temps de passer en deuxième vitesse. Les gouvernements fédéral et provincial, et pas seulement les municipalités concernées, doivent être mis à contribution : ces ordres de gouvernement bénéficient eux aussi de la canopée.

Les citoyens ont donc le devoir de faire pression sur tous leurs élus, afin de s’assurer que cet enjeu s’inscrive à l’agenda de nos débats et se maintienne non seulement dans l’actualité mais aussi au sommet des priorités des nos administrations publiques.

Pour comprendre le PLQ: petit exercice de politique fiction

Avec tous les débats sur l’avenir du Parti québécois la semaine dernière, le retour au pouvoir du Parti libéral est pratiquement passé sous le radar. Alors que les équipes de transition sont à l’œuvre et que la passation des pouvoirs avance, la question vient naturellement : À quoi pouvons-nous nous attendre des quatre prochaines années de règne libéral? Les cyniques auront une réponse toute prête, bien sûr : Quatre ans de révélations scandaleuses, de relations douteuses entre nos décideurs politiques et une poignée d’entrepreneurs véreux, etc.

Mais si on porte le regard ailleurs un instant, qu’est-ce qui nous attend en termes de politiques publiques? C’est bien beau parler des vraies affaires mais en soi, ça ne veut strictement rien dire. Dans quelle direction irons-nous? Qu’est-ce que ça signifie, être libéral? Quel est le projet de société porté par le PLQ? Les réponses à ces questions sont loin d’être évidentes.

Pour mettre les choses en perspective, faisons l’exercice pour les trois principaux adversaires du PLQ.

Parti québécois

Évidemment, plusieurs dont moi-même l’ont déjà noté, le PQ a défendu la souveraineté de manière excessivement molle durant la campagne électorale. Il a caché son option. Malgré cela, le projet de société mis au point par le PQ au fil des décennies demeure évident: un État québécois souverain et indépendant. On peut être en accord ou non avec cette proposition, mais elle a le mérite d’être claire. Si on donne les clés du pouvoir au PQ, à terme, on peut croire que le Québec renouvellera son système politique et rédigera sa propre constitution. On peut penser à une république par exemple, dotée d’un régime de type présidentiel ou encore semi-présidentiel. Le Québec se doterait aussi de sa propre politique étrangère et prendrait position sur la scène internationale en matière de commerce, d’énergie, d’environnement et de climat, etc. L’État social québécois subirait aussi vraisemblablement une certaine évolution, sans toutefois changer radicalement : l’assurance-emploi serait par exemple rapatriée à Québec et amarrée au reste de notre filet social. Rien de cela n’est coulé dans le béton et bien des politiques publiques sont impossibles à prévoir au-delà du changement de régime, bien entendu, mais ça nous donne quand même une idée du projet de société promu par les péquistes. Bref, une image nous vient en tête.

Québec solidaire

Étant aussi un parti souverainiste, on peut penser que les solidaires proposeraient, sur le plan institutionnel, quelque chose de semblable au projet péquiste ci-haut. QS propose d’ailleurs la rédaction d’une constitution par le biais d’une Assemblée constituante. Mais évidemment, les solidaires portent aussi des valeurs progressistes, féministes et écologistes qui se situent au cœur de leur engagement politique. On peut donc croire qu’un Québec dirigé par les solidaires développerait son État-providence dans une certaine mesure. Les programmes sociaux (et le caractère progressif du système fiscal qui les financent) seraient vraisemblablement renforcés, tout comme le seraient nos lois environnementales. On peut croire, par exemple, que le financement des transports publics serait revu à la hausse, et sûrement au détriment de l’expansion du système routier. Connaissant l’intérêt marqué de QS pour les questions minières et énergétiques, on peut aussi penser que l’exploitation de nos ressources naturelles changerait profondément. En particulier, le rejet des énergies fossiles et le virage vers les énergies vertes seraient sans doute accélérés. Considérant l’effort particulier fait par ce parti pour amener plus de femmes en politique, la composition de l’Assemblée nationale ne serait certainement plus la même. L’idée de privatisation des services publics, en tout ou en partie, serait certainement évacuée. Bref, encore ici, il est plutôt aisé de peindre un portrait, peut-être simpliste au demeurant, d’un Québec dirigé par QS.

Coalition avenir Québec

Sur le plan constitutionnel, la CAQ est un parti fédéraliste. Puisqu’elle ne cherche pas à changer le statu quo, un Québec mené par la CAQ demeurerait une province canadienne. Ensuite, au cœur du projet politique de ce parti se situe le « ménage » dans l’État québécois. On peut donc faire le pari que, sous la Coalition, la fonction publique (et donc, forcément, les programmes sociaux) seraient allégés. Le fardeau fiscal des contribuables suivrait vraisemblablement la même courbe. Considérant le combat de la CAQ contre les commissions scolaires et les agences de santé, on peut aussi penser que l’État québécois se décentraliserait dans une certaine mesure. Il est aussi raisonnable de faire l’hypothèse que la CAQ continuerait sur le chemin de la déréglementation administrative; ce parti semble avoir la « paperasse » en sainte horreur. La présence du secteur privé dans des secteurs aussi variés que la santé, l’énergie ou les ressources naturelles irait probablement à l’avenant. Bref, on voit un peu l’inverse de l’image générée par QS : un État moins présent et une couverture sociale plus mince en retour d’impôts moins élevés. Encore une fois, il s’agit d’un portrait dressé à gros traits, qui généralise certainement à outrance, mais il demeure que ledit portrait vient plutôt aisément à l’esprit, non?

Parti libéral du Québec?

Retour à notre question initiale : qu’en est-il du PLQ? Écartons d’abord les évidences : comme la CAQ, le Parti libéral est fédéraliste. Donc, pas de changement à prévoir sur ce plan. Comme le PQ, il est plutôt centriste dans son approche socio-économique. En effet, les deux sont partisans d’un État plus ou moins interventionniste, incluant certains mécanismes redistributifs mais laissant aussi une grande place à l’économie de marché. Encore là, il s’agit grosso modo de la politique menée par tous nos gouvernements depuis environ 50 ans.

Mais l’avenir, lui? Où le Parti libéral veut-il nous amener? A-t-il des nouvelles idées dans sa besace, des réformes à implanter? Quelles sont les solutions innovantes du Parti libéral à nos problèmes collectifs?

Posons la question autrement : quelle est la différence entre un gouvernement libéral majoritaire et un potentiel gouvernement technocratique, où des fonctionnaires apolitiques appliquent les lois et gèrent les programmes existants?

On dit souvent que gouverner c’est choisir. Mais c’est aussi, au-delà de la simple administration à la petite semaine, imprimer certaines valeurs à la conduite des affaires de l’État. C’est proposer une vision d’avenir. C’est dessiner les plans d’un projet.

Le 7 avril dernier, le Parti libéral du Québec nous a demandé de récupérer le pouvoir. Ma question est la suivante : Pour en faire quoi?

Stephen Harper attaque l’indépendance du système judiciaire

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Les nouvelles judiciaires sont plutôt rébarbatives. Et non, je ne parle pas des « sentences bonbons » qui nous scandalisent parfois, mais bien du caractère complexe et distant du langage et des normes juridiques, qui sont étrangers à la plupart d’entre nous. On pourrait croire que le droit, c’est seulement une affaire d’avocats. On aurait tort. C’est profondément politique, voire philosophique.

On apprenait la semaine dernière que le gouvernement fédéral a perdu sa cause devant la Cour suprême, concernant le projet de loi C-25, intitulé Loi sur l’adéquation de la peine et du crime. Les détails sont disponibles ici, ici et ici (en anglais) mais en résumé, C-25 visait à remplacer la discrétion judiciaire par une règle ferme dans les cas où un juge doit déterminer comment adapter la peine d’un détenu en fonction du temps qu’il a passé derrière les barreaux préalablement à que la sentence ne soit rendue.

Plus tôt cette année, la Cour suprême a aussi débouté le gouvernement fédéral, qui tentait d’abolir rétroactivement la libération conditionnelle au sixième de la peine que les juges accordent (presque toujours, il est vrai) aux criminels non-violents et non-récidivistes. Cette tentative de modifier rétroactivement le Code criminel a été jugée inconstitutionnelle par le plus haut tribunal du pays.

Ce printemps, la Cour suprême devra aussi trancher sur le renforcement par les conservateurs des peines minimales pour possession illégale d’armes à feu. Ironiquement, les tribunaux ontariens qui ont rejeté la nouvelle législation affirment qu’elle force les juges à ordonner des peines disproportionnées par rapport à la gravité du crime commis, ce qui va complètement à l’encontre du principe de C-25! Comme quoi « l’adéquation » ou la « proportionnalité » sont des concepts bien subjectifs…

On pourrait aussi citer la philosophie conservatrice en matière de justice concernant les jeunes contrevenants, où les peines de prison pour adultes sont généralisées au détriment de la réhabilitation et de la réinsertion sociale.

L’ensemble de cet agenda conservateur de type loi et ordre a un point en commun : il met en péril l’indépendance du système judiciaire canadien. En resserrant toujours plus les lois criminelles, en codifiant toujours davantage les crimes et les peines qui y sont assorties, le gouvernement élimine peu à peu la marge de manœuvre des juges, et donc leur pouvoir d’accomplir leurs fonctions de manière autonome. C’est cette marge de manœuvre, cette discrétion propre à un système judiciaire indépendant, qui fait en sorte que les juges sont davantage que de simples fonctionnaires appliquant directement, sans pouvoir les remettre en question, les directives issues du pouvoir politique. Il n’est pas censé exister une relation d’autorité directe entre le politique et le judiciaire. Les juges doivent être investis d’un pouvoir qui leur soit propre. Pas besoin d’avoir fait son Barreau pour comprendre ça.

C’est le principe de la common law : c’est au juge, et à lui seul, de rendre une décision en fonction des faits, de la loi et de la jurisprudence. Le juge est maître de son tribunal. Si le pouvoir politique rejette sa décision, il peut choisir d’en appeler, soit de demander à d’autres juges de se pencher sur la question. Mais il ne peut pas modifier les lois, et certainement pas rétroactivement, simplement parce qu’il n’est pas d’accord avec une décision rendue dans un cas particulier. C’est généralement, comme dans les cas d’Earl Jones ou de Guy Turcotte par exemple, ce qui motive les conservateurs dans la poursuite de leur agenda.

En matière de droit criminel, le pouvoir du Parlement (législatif) doit se limiter à écrire la loi, et celui du gouvernement (exécutif) doit se limiter à nommer les juges. En termes d’influence politique sur la conduite de nos affaires judiciaires, c’est amplement suffisant. Ensuite, quand vient le temps de déterminer qui va en prison et pour combien de temps, on doit laisser les juges faire leur travail. Il est inutile de prendre autant de soin à nommer des juges compétents et à leur offrir (sur papier) une grande autorité, si c’est pour ensuite venir leur dire dans leurs propres salles d’audience comment ils doivent trancher telle ou telle cause portée à leur attention.

Bref, tout comme il tente de contrôler les médias en coupant le budget de Radio-Canada et en muselant la presse parlementaire, le gouvernement conservateur cherche aussi à contrôler la justice. 2015 ne peut pas arriver assez vite.

Lettre d’un ancien péquiste

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Le pire résultat au vote populaire depuis 1970. Le pire résultat en termes de sièges depuis 1976. La première première ministre de l’histoire du Québec, une géante politique par ailleurs, défaite dans sa propre circonscription. Le quart du Conseil des ministres sortant décimé, incluant des poids lourds à la Santé, à l’Éducation supérieure, à l’Immigration, à l’Environnement ou encore à la Justice. Une bonne demi-douzaine de châteaux-forts tombés aux mains des fédéralistes et des chutes en lointaine seconde, voire en troisième place. Chez les rescapés, des majorités ayant souvent fondu comme neige au soleil. Des électeurs ayant fui de tous les côtés, non seulement chez Québec solidaire à gauche et à la Coalition avenir Québec à droite, mais aussi directement au Parti libéral, sans même prendre la peine de se « stationner » ailleurs, et ce malgré la profonde corruption présumée de ce parti et son absence de renouveau après seulement 18 mois dans l’opposition.

Chers amis du Parti québécois, comprenez-vous le message? Il le faut. C’est l’existence même du PQ qui est en jeu. Sa survie. Si le parti ne se réforme pas, il mourra. Si le parti ne change pas, la prochaine élection en sera une de réalignement et le PQ subira le même sort que la défunte Union nationale. Ceux qui invoquent René Lévesque depuis hier soir devraient peut-être se rappeler ceci, et réfléchir au sens de l’expression « prophétie auto-réalisatrice » :

« Pour moi, tout parti politique n’est au fond qu’un mal nécessaire, un de ces instruments dont une société démocratique a besoin lorsque vient le moment de déléguer à des élus la responsabilité de ses intérêts collectifs. Mais les partis appelés à durer vieillissent généralement assez mal. Ils ont tendance à se transformer en églises laïques, hors desquelles point de salut, et peuvent se montrer franchement insupportables. À la longue, les idées se sclérosent, et c’est l’opportunisme politicien qui les remplace. Tout parti naissant devrait à mon avis inscrire dans ses statuts une clause prévoyant qu’il disparaîtra au bout d’un certain temps. Une génération ? Guère davantage, ou sinon, peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, ce ne sera plus un jour qu’une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l’avenir de percer. »

J’appartiens à la grande famille souverainiste depuis mon adolescence. J’ai toujours, de près ou de loin, appuyé le Parti québécois. Je m’y suis toujours senti chez moi. Jusqu’à cette année. Cette année, c’en était trop. Et croyez-moi, je ne suis pas l’une de ces vierges offensées et capricieuses qui détournent le regard au moindre compromis ou au moindre recul tactique. Je comprends les nécessités de la survie en politique parlementaire et les lourdes responsabilités qui incombent à un parti de gouvernement, et qui commandent souvent des sacrifices. Quand mon idée est faite (et elle l’était depuis des années), ça en prend beaucoup pour me faire décrocher. Mais cette année, le seuil a été franchi. Il y a des limites à ce que je peux encaisser. Et un simple coup d’œil aux résultats d’hier devraient suffire à vous convaincre que je ne suis pas le seul dans cette situation.

Pour paraphraser Ronald Reagan, je n’ai pas quitté le Parti québécois, c’est le Parti québécois qui m’a quitté. Vous ne me verrez pas jouer les meneuses de claques pour un autre parti. Malgré toute la colère et la profonde déception que je ressens à l’égard du PQ, je ne souhaite pas sa mort, et surtout pas une longue agonie qui nuirait non seulement au mouvement souverainiste, mais aussi à l’ensemble de la nation québécoise. Cette possibilité, bien réelle, je ne peux pas encore m’y résoudre totalement parce que la mission du Parti québécois n’est pas encore accomplie. Cette année j’ai stationné mon vote ailleurs, pas parce que j’ai été converti aux vertus d’un rival, mais bien par déception et désarroi. Je me suis mis en réserve de la République, comme disent les cousins. Et j’espère du plus profond de mon cœur que le signal sera entendu et que des gestes seront posés pour remédier au mal qui afflige le parti environ 20 ans. Sinon, si cette défaite n’est pas assez cinglante pour induire un sentiment d’urgence au sein du Parti québécois, aussi bien débrancher maintenant le respirateur artificiel et passer à un autre appel. Parce que sinon, ce seront les électeurs qui le feront en 2018, et ce ne sera pas joli.

Ayant toujours appartenu à cette grande famille politique, j’ai souvent perdu mes élections. À chaque fois, c’est dur à avaler. C’est un coup de poing qui laisse l’estomac noué. Encore cette fois-ci, constater la nouvelle configuration de notre Assemblée nationale m’arrache le cœur et me désespère. Mais, jusqu’à cette année, je m’étais toujours raccroché à l’idéal que la riche histoire progressiste du Parti québécois (dans tous les sens du terme) inspirait chez moi. Aujourd’hui, cette inspiration n’est plus. Étant plutôt pragmatique, il n’est pas du tout exclu que je revienne un jour au bercail. Mais avant que je ne le fasse, des choses devront changer. En profondeur. Je n’ai pas de liste d’épicerie, je n’ai pas de plan d’action, je n’ai pas de réponses. Pas encore. Nous devrons tous prendre un long moment de réflexion et digérer le résultat d’hier. Mais chose certaine, pour le Parti québécois, le statu quo sera fatal.

Oui, la charte. Elle a pesé lourd. Pas tant par son contenu (sur lequel une vaste majorité de Québécois s’entendent, exception faite de la disposition concernant les signes religieux) que pour le tort (irréparable?) qu’elle a causé à la teneur de notre débat public et, surtout, aux relations avec les minorités. Ces minorités avec lesquelles nous devons impérativement bâtir des relations, pas brûler des ponts. Pour faire simple, on attire plus de mouches avec du miel qu’avec du vinaigre. À tort ou à raison, la charte a été perçue comme une attaque frontale envers elles. Nous ferons l’indépendance avec nos minorités, pas en dépit d’elles. Jeter au panier cette fragile et nécessaire relation dans l’espoir d’obtenir un mandat de gouvernement, même majoritaire, c’est irresponsable en plus d’être contre-productif : s’il faut miner l’éventualité d’une vaste majorité indépendantiste pour espérer installer le Parti québécois au pouvoir, quel est l’intérêt? L’impulsion électoraliste est naturelle, mais elle ne doit pas nous faire perdre de vue l’objectif ultime.

Aussi, par l’absence d’arguments rationnels et de preuves avérées (autres qu’anecdotiques) pour la justifier. Par la rhétorique nauséabonde et la parole repoussante qu’elle a libérées. Cette charte, ce n’est pas le Parti québécois que j’ai connu. Ce n’est pas celui de Lévesque, ce n’est pas celui de Parizeau, ce n’est pas celui de Bouchard et ce n’est pas celui de Landry. Pas pour rien que les trois derniers ont mis en garde le leadership du parti sur les effets délétères de ce débat. Faites toutes les blagues de belles-mères que vous voudrez, force est de constater ce matin qu’ils avaient raison. Il y a moyen, et le PQ l’a prouvé dans le passé, de défendre une conception civique de la nation et de protéger la langue française et la culture québécoise, tout en évitant les eaux boueuses dans lesquelles Bernard Drainville nous a tous plongés pour des raisons somme toute encore inexplicables.

La question de la souveraineté a aussi joué un rôle. On peut certainement blâmer Philippe Couillard pour sa campagne de peur sur le référendum (avec raison, on se croyait en 1980!), mais lorsque le Parti québécois réagit en précipitant l’enjeu sous le boisseau avec autant de vigueur (« Il n’y en aura pas, de référendum! »), ça contribue à refroidir le plus ardent des indépendantistes. Si le choix se situe entre un parti centriste qui ne fera pas de référendum et un autre parti centriste qui ne fera pas de référendum, on comprendra pourquoi la motivation à se rendre au bureau de vote fut si faible. Il y a aussi eu d’autres enjeux, (l’environnement, l’énergie, les services publics, etc.), où les différences entre les principaux partis sont devenues si ténues que ceux pour qui ces questions sont primordiales ont préféré aller voir ailleurs ou rester à la maison. L’ensemble de ces facteurs a eu pour résultat un taux de participation légèrement inférieur à 2012, ce qui n’est jamais bon signe pour le Parti québécois.

Notre mode de scrutin largement bipartite étant ce qu’il est, les Québécois se sont réfugiés dans les bras d’un parti qu’une vaste majorité d’entre eux considèrent corrompu jusqu’à la moelle. Ne vous en déplaise, cela en dit beaucoup plus long sur le PQ que sur le sens politique des Québécois. Je comprends le réflexe de chercher des boucs émissaires (QS, la CAQ et le PLQ, les médias, les abstentionnistes, les stratèges péquistes qui ont commis des erreurs stratégiques, les vieux, les immigrants, les étudiants, l’Ontario, Stephen Harper, Thomas Mulcair ou Justin Trudeau, la météo, le confort et l’indifférence…), mais il vous faut à tout prix rejeter ce réflexe. Si le PQ cherche un coupable, il n’a qu’à regarder dans le miroir. Pour régler un problème, il faut d’abord en admettre l’existence. L’examen de conscience doit impérativement être fait, et il doit être fait maintenant. Personne ne veut voter pour un parti de perdants qui se cherchent des excuses, de toute façon. Cette défaite historique n’est pas un accident de parcours, ce n’est pas une aberration momentanée de notre système d’alternance. Les lignes ont commencé à bouger. Le plus tôt les péquistes s’en rendront compte, le mieux ils (et le Québec tout entier) s’en porteront. J’envoie ce message aujourd’hui, parce que je sais qu’il y a plein de gens de qualité au Parti québécois (j’en connais personnellement) qui sauront l’entendre et le comprendre. J’espère seulement qu’ils seront assez nombreux.

En terminant, un mot sur Pauline Marois. Celle qui a fait l’histoire en devenant la première femme à diriger le Québec ne méritait peut-être pas une correction aussi sévère, bien que son parti méritait d’être sanctionné. Au fil de sa longue carrière politique, elle a servi le Québec avec honneur et nous devons la remercier pour les batailles qu’elle a menées, et souvent remportées, en notre nom. La configuration des choses rappelle un peu le cas de Gilles Duceppe en 2011 : peut-être regretterons-nous, au fur et à mesure que la gouvernance libérale reprendra ses droits sur notre destinée collective, le sort que nous lui avons fait subir. Mais les lois de la politiques, cruelles, sont ainsi faites : elle est responsable du résultat, comme de la stratégie qui y a mené. Elle a assumé cette responsabilité dignement hier soir en annonçant sa démission et en ouvrant la porte à un renouveau au sein de son parti. J’espère sincèrement que tous les autres membres du Parti québécois, de la base au sommet, assumeront aussi les leurs.

Denis Coderre Unplugged

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Ainsi donc, Denis Coderre part en tournée: Rimouski, Trois-Rivières, Québec, Victoriaville. Le maire dit vouloir établir un partenariat, bâtir des ponts entre la métropole et le reste du Québec. Fort bien, c’est en soi un objectif tout à fait louable. François Cardinal de La Presse l’a souligné avec justesse ici: Montréal s’est (ou a été?) progressivement isolée du reste du Québec au fil des dernières décennies. Cette tendance nous affaiblit tous, peu importe de quel côté des ponts nous vivons. Montréal, pour son propre bien et celui du Québec, doit retrouver sa place.

Mais pour briser ce mauvais pli, encore faut-il savoir sur quels enjeux nous voulons coopérer, et dans quel sens. Nous devons choisir nos batailles, agir de manière stratégique et coordonnée si nous voulons établir des relations profitables et durables avec les villes et les régions du Québec, tout en reconstruisant un rapport de force pour Montréal.

Or, comme l’évoque Guillaume Lavoie ici, le maire Coderre n’a même pas discuté des enjeux de l’heure avec l’opposition avant de commencer à planifier sa tournée. Tisser des liens avec le reste du monde municipal est une idée très noble, mais le maire devrait savoir que Montréal est plus forte si elle parle d’une seule voix. En effet, comme l’a déclaré le conseiller de Marie-Victorin, charité bien ordonnée commence par soi-même…

Pendant sa campagne électorale, pauvre en contenu mais riche en buzzwords, le maire nous a sans cesse rebattu les oreilles en parlant de leadership. Il semble vouloir l’exercer à la grandeur du Québec. Fort bien. Mais est-ce vraiment du leadership lorsqu’on s’échine à exclure l’opposition des processus de réflexion et de décision? Le vrai leadership, c’est la maîtrise de l’art de la persuasion. C’est s’imposer (à travers les lignes partisanes) par la force de ses idées et de ses arguments, pas par la jovialité de ses claques dans le dos et de ses éclats de rire. C’est facile d’être un leader quand on choisit de ne s’adresser qu’à ceux qui pensent comme soi. C’est autre chose que de bâtir des coalitions gagnantes autour d’enjeux subtantiels.

Si le maire est incapable (ou refuse) de faire cette démarche à Montréal, comment croire qu’il réussira à le faire à l’extérieur? Car la réussite de cette « mission » ne devra pas être mesurée à l’épaisseur du carnet d’adresses du maire à son retour ou au nombre de photos qu’il aura prises, mais bien à l’aune des progrès réalisés dans chaque dossier. Le problème, c’est que le maire entretient, à dessein ou non, un grand flou artistique autour des dossiers qu’il veut mettre de l’avant et de la direction qu’il veut leur donner.

Le style politique du maire, chacun le sait, est caractérisé par sa personnalité forte, son caractère populiste et sa fameuse « proximité ». Ce n’est pas nécessairement mauvais en soi, en autant qu’il y ait un contenu politique qui y soit rattaché. Malheureusement, cela n’a pas été le cas pendant la campagne électorale. Il y a donc lieu de s’inquiéter: pourquoi cette tournée du Québec serait-elle différente? Bref, on peut s’interroger: les fruits de ce voyage du maire de Montréal rejailliront-ils sur la métropole ou sur…Denis Coderre?

Pourquoi pas un accommodement sportif?

L’actuel débat sur le port du turban sur les terrains de soccer fut très mal engagé. Immédiatement, on en a fait une question d’accommodement religieux « classique » ce qui, comme les autres questions de société que nous avons traitées de cette manière depuis quelques années, a immédiatement amené son lot d’excités, qui ont aussitôt envahi le débat public. De part et d’autre, les vierges offensées se sont mises à crier, soit à l’injustice et à la tyrannie de la minorité, soit à l’intolérance et à la tyrannie de la majorité.

Heureusement qu’il y a Foglia. Comme il le fait souvent, l’auguste chroniqueur de La Presse a changé les termes du débat et, ce faisant, l’a rendu plus intelligible et surtout, plus digeste. Comme il l’explique dans sa chronique du 6 juin, la Fédération québécoise de soccer a rendu la bonne décision…pour le mauvais motif. Chacun admettra plutôt facilement que les risques rattachés au port du turban sont minimes, voire négligeables. Du moins, nous ne disposons d’aucune donnée à l’effet inverse. Tous ceux qui pratiquent un sport savent, en pleine connaissance de cause, qu’ils encourent des risques de blessure à chaque minute de jeu, même si toutes les précautions sont prises. Si on désire atteindre le risque zéro, il vaut mieux regarder du soccer à la télé, bien calé dans un fauteuil, plutôt que d’y jouer. Et encore.

Ce qui est en question ici, ce n’est pas la sécurité du sport. C’est son universalité. Pour pratiquer un sport dans un cadre homologué, sanctionné par une autorité, on doit obéir à ses règles. Les règlements du jeu, certes, mais aussi ceux liés à l’uniforme. Dans le cas du soccer (auquel je dois avouer ne pas connaître grand chose par ailleurs), les souliers à crampons doivent respecter certaines spécifications. Les joueurs doivent porter un short et un maillot avec des manches, dont les couleurs doivent respecter celles de l’équipe. Les bijoux sont interdits. Peut-on jouer en sandales? Non. Peut-on jouer en camisole, en jeans, en bedaine? Non. Peut-on porter un turban, une casquette, une tuque des Expos avec un pompon tricolore? Non. Ces règles visent-elle à brimer la liberté d’expression ou de conscience des joueurs? Non. Elle visent à assurer la sécurité de tous, certes, mais aussi l’uniformité du jeu, ainsi qu’à signifier l’appartenance à l’équipe. C’est important.

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Ainsi, pendant 90 minutes (plus les arrêts de jeu), tout le monde est vêtu de manière identique. Tout le monde fait partie de l’équipe. Tout le monde travaille ensemble. Qu’on soit blanc, noir ou d’une autre couleur de peau. Francophone, anglophone ou allophone. Sikh, musulman ou athée. Garçon ou fille (dans les ligues mixtes). Riche ou pauvre. Pendant 90 et quelques minutes, tout cela ne veut plus rien dire. Tout cela est sans importance. Chacun est là pour jouer. Pour gagner, ou simplement pour participer, pour s’amuser. Est-ce si déraisonnable de faire primer les valeurs sportives, pour quelques minutes, le temps d’un match? Oui, les valeurs sportives. Comme les valeurs religieuses que certains affichent avec fierté, il existe une telle chose que les valeurs sportives. Des valeurs comme l’égalité, la saine compétition, le plaisir, la santé, la camaraderie. Et oui, l’universalité. Ce ne sont pas de belles valeurs à inculquer aux jeunes, ne serait-ce que le temps d’un après-midi au parc du quartier? Où est l’excès là-dedans?

Cette universalité fait en sorte que, qu’on soit à Marseille à ou Bamako, à Mumbai ou à Brossard, tout le monde peut jouer, tout le monde peut participer, précisément parce que les règles du jeu sont universelles, identiques peu importe où l’on se trouve dans le monde. Le sport, pratiqué ainsi, est un outil extrêmement puissant pour transcender les différences et les divisions. Les Jeux Olympiques, antiques comme modernes, font le pari de la paix et de la tolérance via l’universalité du sport. Ce principe a autant de valeur que celui de la protection des droits individuels. C’est sans doute le raisonnement derrière la règle édictée par la FIFA, la fédération internationale qui chapeaute le soccer dans le monde. Règle que la FQS doit appliquer à son tour, dans le même esprit d’universalité et d’uniformité des règles.

Les accommodements religieux, s’ils sont raisonnables, ont leur place dans une société libérale et un État de droit tels que les nôtres. Ce devrait aussi être le cas des accommodements sportifs. 90 minutes à la fois. Ce qui, je crois, passe le test de l’accommodement dit raisonnable.

L’économie financière: À la racine du problème

            Dans une récente chronique intitulée Réalité perdue, le columnist économique du Devoir Gérard Bérubé nous apprenait que les inégalités de revenu entre les dirigeants de grandes entreprises et la moyenne de leurs employés ont recommencé à se creuser de plus belle, après un bref intermède provoqué par la crise financière de 2008. En gros, le pouvoir d’achat des travailleurs stagne alors que la richesse des chefs d’entreprises continue de croître. En d’autres termes, il s’avère que le concept néolibéral du trickle down, selon lequel la prospérité générée par les entreprises en contexte de libre-marché, si elle bénéficie d’abord aux milieux d’affaires au sommet de la pyramide, finit toujours par « redescendre » vers les travailleurs et profite donc en définitive à tous et à la collectivité, n’a aucune assise réelle. En vérité, la richesse s’accumule dans les poches de certains, sans atteindre celles des autres. De plus, ce mauvais fonctionnement du système économique, à l’échelle de l’entreprise, empêche l’État de faire son travail de redistribution de la richesse à l’échelle de l’État.

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             En effet, en conjugaison avec la financiarisation de l’économie internationale et la concurrence fiscale entre les différents États, il cause un grave problème financier pour ces derniers. La capacité des États à percevoir les taxes et impôts qui sont dus sur ces sommes gargantuesques est sapée par leur accumulation entre quelques mains fort mobiles, et fort habiles à éviter celles du fisc, et ce en utilisant toutes les échappatoires et les tours de passe-passe permis (ou non) par la loi. Les cas récents de Google, Starbucks, Apple ou d’autres multinationales opérant en territoire européen en font foi. Les États ne disposent pas d’instruments internationaux suffisamment forts, ni ne se coordonnent suffisamment, pour lutter efficacement contre l’évitement et l’évasion fiscaux. Bref, ils ne sont pas de taille face aux grandes entreprises multinationales, qui les montent les uns contre les autres.

Dans un contexte où le cynisme face à la classe politique est déjà trop profond, cette incapacité de l’État à réguler le secteur financier et à répartir ses fruits de manière juste à travers la société, tout en réduisant les risques sociaux liés à l’instabilité économique, est intenable. La classe politique, par son inaction voire une bienveillance frisant la complicité, est certainement à blâmer. Mais les leaders économiques du monde ont aussi une part de responsabilité à assumer lorsqu’ils évitent ainsi de jouer leurs rôles de bons citoyens corporatifs. Si les corporations sont des personnes (dixit Mitt Romney), elles n’ont pas que des droits, elles ont aussi des devoirs.

            Si l’économie financière (la spéculation boursière ou monétaire par exemple), en comparaison avec l’économie réelle (la production et l’échange de biens et de services), n’avait pas un poids si élevé, le phénomène constituerait un problème plus gérable. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Entre 1990 et 2010, le ratio de taille de l’économie financière par rapport à l’économie réelle est passé de 2,6 à 10. En d’autres termes, la taille de l’économie financière en fonction de celle de l’économie réelle (celle qui fournit emplois, biens et services de consommation courante aux travailleurs et citoyens) a quadruplé en 20 ans. On parle ici de dizaines, voire de centaines de milliers de milliards de dollars.

            Conjuguée à la spéculation intrinsèque aux marchés boursiers et monétaires, cette économie financière, beaucoup plus fluide et mobile que l’économie réelle – qui, elle, est rattachée à des facteurs plus concrets et plus stables (main-d’œuvre, immobilier, etc.) – contribue à l’instabilité économique en général. Elle accentue sans doute les cycles d’expansion-récession, parfois via la création de « bulles » qui, lorsqu’elles éclatent, amènent le reste de l’économie avec elles dans leur chute. Ce fut le cas en 2008, comme ce fut le cas en 1929. Si l’économie financière s’est largement détachée et autonomisée de l’économie réelle avec le temps, elle ne l’est pas (encore?) suffisamment pour ses échecs et ses crises demeurent isolés du reste de l’économie, et donc de la majorité des citoyens et des travailleurs.

            Bref, cette économie financière, d’une taille pantagruélique, dans les faits hors de portée du fisc et donc de la réglementation de l’État, doit être pointée du doigt pour expliquer les misères de plusieurs pays occidentaux (surtout en Europe), qui sont ces temps-ci incapables de se sortir des conséquences de  la crise financière de 2008 et de la Grande Récession qui s’en est suivie : l’austérité, le chômage, les budgets publics sous pression, voire la crise sociale. Et soulignons d’ailleurs que cette crise financière, soit dit en passant, a été largement causée par les mêmes facteurs et par ceux qui continuent à s’en mettre plein les poches aujourd’hui. La déréglementation néolibérale du secteur financier, amorcée dans l’ère thatchérienne-reaganienne des années 1980 et parachevée par l’abrogation de la loi Glass-Steagall sous l’administration Clinton en 1999, sous les pressions constantes des milieux financiers, a planté le décor de la crise des subprimes, de la faillite de Lehman Brothers, and the rest is history comme disent les Américains. Peu importe si les théories keynésiennes ont bien fonctionné pendant 30 ans, on les a quand même jetées au panier, dans l’espoir de meilleurs taux de croissance et de dividendes plus juteux.

            Comment s’attaquer à ces problèmes? La réponse est à la fois très simple et très difficile à appliquer. L’État doit simplement reprendre sa place. Il est maintenant clair que la déréglementation évoquée un peu plus haut est allée trop loin, comme au début du XXe siècle; la loi Glass-Steagall a en effet été votée en réponse à la Grande Dépression de 1929. Comme quoi les mêmes causes provoquent les mêmes effets… Si nous voulons revenir à la prospérité et à la stabilité économique des Trente Glorieuses (1945-1975), nous devons revenir au cadre réglementaire des Trente Glorieuses. Bref, le balancier doit revenir vers le centre. Certains prétendront que c’est impossible, la mondialisation économique et l’intégration des marchés ayant trop accru la compétition internationale. Évidemment, la réglementation économique et financière représente un plus grand défi à l’échelle internationale qu’à l’échelle d’un seul pays. D’autres diront que la déréglementation a permis un plus grand essor de l’économie dans les années 1990, jusqu’à l’éclatement de différentes bulles, entre autres en Asie en 1997. C’est aussi probablement vrai. Un encadrement plus strict de l’activité économique signifie sans doute des taux de croissance légèrement inférieurs, bien que plus stables. Mais peut-on vraiment se permettre de continuer à appliquer la recette qui a menés dans le trou où nous sommes maintenant? Poser la question, c’est y répondre.