Agrile du frêne: des dommages incommensurables

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En ce jour de la Terre, un court billet sur un enjeu environnemental de la première importance. Vous en avez certainement entendu parler, du moins vaguement : l’infestation par l’agrile du frêne est en train de prendre des proportions très importantes à Montréal. Cet insecte ravageur menace l’ensemble des frênes sur le territoire de la métropole, soit 300 000 arbres – dont plus de 25 000 sur le Mont-Royal seulement. Oui, vous avez bien lu. 300 000 arbres. Et lorsqu’un frêne est infesté au-delà d’un certain seuil, il n’y a aucun remède possible. Il doit être abattu.

Il serait facile de caricaturer cet enjeu et d’en faire une simple question d’écolos au cœur tendre et de tree huggers. La réalité est beaucoup plus complexe et inquiétante. La canopée urbaine nous fournit des bénéfices incommensurables, non seulement en termes environnementaux et de qualité de vie, mais aussi en termes économiques et de santé publique.

En effet, la présence d’arbres dans un quartier ajoute de la valeur aux immeubles qui s’y trouvent, parfois de l’ordre de plus de 10%. Et pour cause. Ils produisent évidemment de l’oxygène, mais aussi de l’ombre et de la fraîcheur dans des endroits qui deviendraient autrement des îlots de chaleur. En ce sens, ils contribuent donc à notre santé respiratoire. Les zones plantées d’arbres contribuent aussi à retenir l’eau de pluie, et donc à lutter contre les inondations et les débordements d’égout. Pour les résidents comme pour l’administration, c’est tout bénéfice. Bien qu’il soit très difficile d’en estimer la valeur monétaire, différentes sources l’évaluent à plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers de dollars. Par arbre. Faites le calcul. C’est vraiment aussi simple que ça : notre canopée urbaine se traduit en espèces sonnantes et trébuchantes, dans nos poches et dans les coffres du Trésor public.

Nous pouvons légitimement espérer que les frênes coupés seront remplacés. Et que l’on ne répétera pas la même erreur que par le passé en ayant recours à la monoculture : nous devons planter différentes essences afin de limiter les dégâts potentiels d’une future infestation. Mais il faudra des années, des décennies en fait, avant que les jeunes pousses que nous planterons demain puissent nous fournir les mêmes bénéfices que les arbres matures que nous couperons aujourd’hui.

C’est pourquoi nos décideurs publics doivent mettre sur pied une stratégie globale et agressive. Il en coûtera systématiquement moins cher de prendre les moyens pour endiguer le plus longtemps possible l’infestation, tout en accélérant le rythme de remplacement de nos arbres, que d’attendre les bras croisés pendant que notre canopée (et les avantages qu’elle nous procure) sont réduits comme peau de chagrin. Il est temps de passer en deuxième vitesse. Les gouvernements fédéral et provincial, et pas seulement les municipalités concernées, doivent être mis à contribution : ces ordres de gouvernement bénéficient eux aussi de la canopée.

Les citoyens ont donc le devoir de faire pression sur tous leurs élus, afin de s’assurer que cet enjeu s’inscrive à l’agenda de nos débats et se maintienne non seulement dans l’actualité mais aussi au sommet des priorités des nos administrations publiques.

Pour comprendre le PLQ: petit exercice de politique fiction

Avec tous les débats sur l’avenir du Parti québécois la semaine dernière, le retour au pouvoir du Parti libéral est pratiquement passé sous le radar. Alors que les équipes de transition sont à l’œuvre et que la passation des pouvoirs avance, la question vient naturellement : À quoi pouvons-nous nous attendre des quatre prochaines années de règne libéral? Les cyniques auront une réponse toute prête, bien sûr : Quatre ans de révélations scandaleuses, de relations douteuses entre nos décideurs politiques et une poignée d’entrepreneurs véreux, etc.

Mais si on porte le regard ailleurs un instant, qu’est-ce qui nous attend en termes de politiques publiques? C’est bien beau parler des vraies affaires mais en soi, ça ne veut strictement rien dire. Dans quelle direction irons-nous? Qu’est-ce que ça signifie, être libéral? Quel est le projet de société porté par le PLQ? Les réponses à ces questions sont loin d’être évidentes.

Pour mettre les choses en perspective, faisons l’exercice pour les trois principaux adversaires du PLQ.

Parti québécois

Évidemment, plusieurs dont moi-même l’ont déjà noté, le PQ a défendu la souveraineté de manière excessivement molle durant la campagne électorale. Il a caché son option. Malgré cela, le projet de société mis au point par le PQ au fil des décennies demeure évident: un État québécois souverain et indépendant. On peut être en accord ou non avec cette proposition, mais elle a le mérite d’être claire. Si on donne les clés du pouvoir au PQ, à terme, on peut croire que le Québec renouvellera son système politique et rédigera sa propre constitution. On peut penser à une république par exemple, dotée d’un régime de type présidentiel ou encore semi-présidentiel. Le Québec se doterait aussi de sa propre politique étrangère et prendrait position sur la scène internationale en matière de commerce, d’énergie, d’environnement et de climat, etc. L’État social québécois subirait aussi vraisemblablement une certaine évolution, sans toutefois changer radicalement : l’assurance-emploi serait par exemple rapatriée à Québec et amarrée au reste de notre filet social. Rien de cela n’est coulé dans le béton et bien des politiques publiques sont impossibles à prévoir au-delà du changement de régime, bien entendu, mais ça nous donne quand même une idée du projet de société promu par les péquistes. Bref, une image nous vient en tête.

Québec solidaire

Étant aussi un parti souverainiste, on peut penser que les solidaires proposeraient, sur le plan institutionnel, quelque chose de semblable au projet péquiste ci-haut. QS propose d’ailleurs la rédaction d’une constitution par le biais d’une Assemblée constituante. Mais évidemment, les solidaires portent aussi des valeurs progressistes, féministes et écologistes qui se situent au cœur de leur engagement politique. On peut donc croire qu’un Québec dirigé par les solidaires développerait son État-providence dans une certaine mesure. Les programmes sociaux (et le caractère progressif du système fiscal qui les financent) seraient vraisemblablement renforcés, tout comme le seraient nos lois environnementales. On peut croire, par exemple, que le financement des transports publics serait revu à la hausse, et sûrement au détriment de l’expansion du système routier. Connaissant l’intérêt marqué de QS pour les questions minières et énergétiques, on peut aussi penser que l’exploitation de nos ressources naturelles changerait profondément. En particulier, le rejet des énergies fossiles et le virage vers les énergies vertes seraient sans doute accélérés. Considérant l’effort particulier fait par ce parti pour amener plus de femmes en politique, la composition de l’Assemblée nationale ne serait certainement plus la même. L’idée de privatisation des services publics, en tout ou en partie, serait certainement évacuée. Bref, encore ici, il est plutôt aisé de peindre un portrait, peut-être simpliste au demeurant, d’un Québec dirigé par QS.

Coalition avenir Québec

Sur le plan constitutionnel, la CAQ est un parti fédéraliste. Puisqu’elle ne cherche pas à changer le statu quo, un Québec mené par la CAQ demeurerait une province canadienne. Ensuite, au cœur du projet politique de ce parti se situe le « ménage » dans l’État québécois. On peut donc faire le pari que, sous la Coalition, la fonction publique (et donc, forcément, les programmes sociaux) seraient allégés. Le fardeau fiscal des contribuables suivrait vraisemblablement la même courbe. Considérant le combat de la CAQ contre les commissions scolaires et les agences de santé, on peut aussi penser que l’État québécois se décentraliserait dans une certaine mesure. Il est aussi raisonnable de faire l’hypothèse que la CAQ continuerait sur le chemin de la déréglementation administrative; ce parti semble avoir la « paperasse » en sainte horreur. La présence du secteur privé dans des secteurs aussi variés que la santé, l’énergie ou les ressources naturelles irait probablement à l’avenant. Bref, on voit un peu l’inverse de l’image générée par QS : un État moins présent et une couverture sociale plus mince en retour d’impôts moins élevés. Encore une fois, il s’agit d’un portrait dressé à gros traits, qui généralise certainement à outrance, mais il demeure que ledit portrait vient plutôt aisément à l’esprit, non?

Parti libéral du Québec?

Retour à notre question initiale : qu’en est-il du PLQ? Écartons d’abord les évidences : comme la CAQ, le Parti libéral est fédéraliste. Donc, pas de changement à prévoir sur ce plan. Comme le PQ, il est plutôt centriste dans son approche socio-économique. En effet, les deux sont partisans d’un État plus ou moins interventionniste, incluant certains mécanismes redistributifs mais laissant aussi une grande place à l’économie de marché. Encore là, il s’agit grosso modo de la politique menée par tous nos gouvernements depuis environ 50 ans.

Mais l’avenir, lui? Où le Parti libéral veut-il nous amener? A-t-il des nouvelles idées dans sa besace, des réformes à implanter? Quelles sont les solutions innovantes du Parti libéral à nos problèmes collectifs?

Posons la question autrement : quelle est la différence entre un gouvernement libéral majoritaire et un potentiel gouvernement technocratique, où des fonctionnaires apolitiques appliquent les lois et gèrent les programmes existants?

On dit souvent que gouverner c’est choisir. Mais c’est aussi, au-delà de la simple administration à la petite semaine, imprimer certaines valeurs à la conduite des affaires de l’État. C’est proposer une vision d’avenir. C’est dessiner les plans d’un projet.

Le 7 avril dernier, le Parti libéral du Québec nous a demandé de récupérer le pouvoir. Ma question est la suivante : Pour en faire quoi?

Stephen Harper attaque l’indépendance du système judiciaire

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Les nouvelles judiciaires sont plutôt rébarbatives. Et non, je ne parle pas des « sentences bonbons » qui nous scandalisent parfois, mais bien du caractère complexe et distant du langage et des normes juridiques, qui sont étrangers à la plupart d’entre nous. On pourrait croire que le droit, c’est seulement une affaire d’avocats. On aurait tort. C’est profondément politique, voire philosophique.

On apprenait la semaine dernière que le gouvernement fédéral a perdu sa cause devant la Cour suprême, concernant le projet de loi C-25, intitulé Loi sur l’adéquation de la peine et du crime. Les détails sont disponibles ici, ici et ici (en anglais) mais en résumé, C-25 visait à remplacer la discrétion judiciaire par une règle ferme dans les cas où un juge doit déterminer comment adapter la peine d’un détenu en fonction du temps qu’il a passé derrière les barreaux préalablement à que la sentence ne soit rendue.

Plus tôt cette année, la Cour suprême a aussi débouté le gouvernement fédéral, qui tentait d’abolir rétroactivement la libération conditionnelle au sixième de la peine que les juges accordent (presque toujours, il est vrai) aux criminels non-violents et non-récidivistes. Cette tentative de modifier rétroactivement le Code criminel a été jugée inconstitutionnelle par le plus haut tribunal du pays.

Ce printemps, la Cour suprême devra aussi trancher sur le renforcement par les conservateurs des peines minimales pour possession illégale d’armes à feu. Ironiquement, les tribunaux ontariens qui ont rejeté la nouvelle législation affirment qu’elle force les juges à ordonner des peines disproportionnées par rapport à la gravité du crime commis, ce qui va complètement à l’encontre du principe de C-25! Comme quoi « l’adéquation » ou la « proportionnalité » sont des concepts bien subjectifs…

On pourrait aussi citer la philosophie conservatrice en matière de justice concernant les jeunes contrevenants, où les peines de prison pour adultes sont généralisées au détriment de la réhabilitation et de la réinsertion sociale.

L’ensemble de cet agenda conservateur de type loi et ordre a un point en commun : il met en péril l’indépendance du système judiciaire canadien. En resserrant toujours plus les lois criminelles, en codifiant toujours davantage les crimes et les peines qui y sont assorties, le gouvernement élimine peu à peu la marge de manœuvre des juges, et donc leur pouvoir d’accomplir leurs fonctions de manière autonome. C’est cette marge de manœuvre, cette discrétion propre à un système judiciaire indépendant, qui fait en sorte que les juges sont davantage que de simples fonctionnaires appliquant directement, sans pouvoir les remettre en question, les directives issues du pouvoir politique. Il n’est pas censé exister une relation d’autorité directe entre le politique et le judiciaire. Les juges doivent être investis d’un pouvoir qui leur soit propre. Pas besoin d’avoir fait son Barreau pour comprendre ça.

C’est le principe de la common law : c’est au juge, et à lui seul, de rendre une décision en fonction des faits, de la loi et de la jurisprudence. Le juge est maître de son tribunal. Si le pouvoir politique rejette sa décision, il peut choisir d’en appeler, soit de demander à d’autres juges de se pencher sur la question. Mais il ne peut pas modifier les lois, et certainement pas rétroactivement, simplement parce qu’il n’est pas d’accord avec une décision rendue dans un cas particulier. C’est généralement, comme dans les cas d’Earl Jones ou de Guy Turcotte par exemple, ce qui motive les conservateurs dans la poursuite de leur agenda.

En matière de droit criminel, le pouvoir du Parlement (législatif) doit se limiter à écrire la loi, et celui du gouvernement (exécutif) doit se limiter à nommer les juges. En termes d’influence politique sur la conduite de nos affaires judiciaires, c’est amplement suffisant. Ensuite, quand vient le temps de déterminer qui va en prison et pour combien de temps, on doit laisser les juges faire leur travail. Il est inutile de prendre autant de soin à nommer des juges compétents et à leur offrir (sur papier) une grande autorité, si c’est pour ensuite venir leur dire dans leurs propres salles d’audience comment ils doivent trancher telle ou telle cause portée à leur attention.

Bref, tout comme il tente de contrôler les médias en coupant le budget de Radio-Canada et en muselant la presse parlementaire, le gouvernement conservateur cherche aussi à contrôler la justice. 2015 ne peut pas arriver assez vite.

Lettre d’un ancien péquiste

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Le pire résultat au vote populaire depuis 1970. Le pire résultat en termes de sièges depuis 1976. La première première ministre de l’histoire du Québec, une géante politique par ailleurs, défaite dans sa propre circonscription. Le quart du Conseil des ministres sortant décimé, incluant des poids lourds à la Santé, à l’Éducation supérieure, à l’Immigration, à l’Environnement ou encore à la Justice. Une bonne demi-douzaine de châteaux-forts tombés aux mains des fédéralistes et des chutes en lointaine seconde, voire en troisième place. Chez les rescapés, des majorités ayant souvent fondu comme neige au soleil. Des électeurs ayant fui de tous les côtés, non seulement chez Québec solidaire à gauche et à la Coalition avenir Québec à droite, mais aussi directement au Parti libéral, sans même prendre la peine de se « stationner » ailleurs, et ce malgré la profonde corruption présumée de ce parti et son absence de renouveau après seulement 18 mois dans l’opposition.

Chers amis du Parti québécois, comprenez-vous le message? Il le faut. C’est l’existence même du PQ qui est en jeu. Sa survie. Si le parti ne se réforme pas, il mourra. Si le parti ne change pas, la prochaine élection en sera une de réalignement et le PQ subira le même sort que la défunte Union nationale. Ceux qui invoquent René Lévesque depuis hier soir devraient peut-être se rappeler ceci, et réfléchir au sens de l’expression « prophétie auto-réalisatrice » :

« Pour moi, tout parti politique n’est au fond qu’un mal nécessaire, un de ces instruments dont une société démocratique a besoin lorsque vient le moment de déléguer à des élus la responsabilité de ses intérêts collectifs. Mais les partis appelés à durer vieillissent généralement assez mal. Ils ont tendance à se transformer en églises laïques, hors desquelles point de salut, et peuvent se montrer franchement insupportables. À la longue, les idées se sclérosent, et c’est l’opportunisme politicien qui les remplace. Tout parti naissant devrait à mon avis inscrire dans ses statuts une clause prévoyant qu’il disparaîtra au bout d’un certain temps. Une génération ? Guère davantage, ou sinon, peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, ce ne sera plus un jour qu’une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l’avenir de percer. »

J’appartiens à la grande famille souverainiste depuis mon adolescence. J’ai toujours, de près ou de loin, appuyé le Parti québécois. Je m’y suis toujours senti chez moi. Jusqu’à cette année. Cette année, c’en était trop. Et croyez-moi, je ne suis pas l’une de ces vierges offensées et capricieuses qui détournent le regard au moindre compromis ou au moindre recul tactique. Je comprends les nécessités de la survie en politique parlementaire et les lourdes responsabilités qui incombent à un parti de gouvernement, et qui commandent souvent des sacrifices. Quand mon idée est faite (et elle l’était depuis des années), ça en prend beaucoup pour me faire décrocher. Mais cette année, le seuil a été franchi. Il y a des limites à ce que je peux encaisser. Et un simple coup d’œil aux résultats d’hier devraient suffire à vous convaincre que je ne suis pas le seul dans cette situation.

Pour paraphraser Ronald Reagan, je n’ai pas quitté le Parti québécois, c’est le Parti québécois qui m’a quitté. Vous ne me verrez pas jouer les meneuses de claques pour un autre parti. Malgré toute la colère et la profonde déception que je ressens à l’égard du PQ, je ne souhaite pas sa mort, et surtout pas une longue agonie qui nuirait non seulement au mouvement souverainiste, mais aussi à l’ensemble de la nation québécoise. Cette possibilité, bien réelle, je ne peux pas encore m’y résoudre totalement parce que la mission du Parti québécois n’est pas encore accomplie. Cette année j’ai stationné mon vote ailleurs, pas parce que j’ai été converti aux vertus d’un rival, mais bien par déception et désarroi. Je me suis mis en réserve de la République, comme disent les cousins. Et j’espère du plus profond de mon cœur que le signal sera entendu et que des gestes seront posés pour remédier au mal qui afflige le parti environ 20 ans. Sinon, si cette défaite n’est pas assez cinglante pour induire un sentiment d’urgence au sein du Parti québécois, aussi bien débrancher maintenant le respirateur artificiel et passer à un autre appel. Parce que sinon, ce seront les électeurs qui le feront en 2018, et ce ne sera pas joli.

Ayant toujours appartenu à cette grande famille politique, j’ai souvent perdu mes élections. À chaque fois, c’est dur à avaler. C’est un coup de poing qui laisse l’estomac noué. Encore cette fois-ci, constater la nouvelle configuration de notre Assemblée nationale m’arrache le cœur et me désespère. Mais, jusqu’à cette année, je m’étais toujours raccroché à l’idéal que la riche histoire progressiste du Parti québécois (dans tous les sens du terme) inspirait chez moi. Aujourd’hui, cette inspiration n’est plus. Étant plutôt pragmatique, il n’est pas du tout exclu que je revienne un jour au bercail. Mais avant que je ne le fasse, des choses devront changer. En profondeur. Je n’ai pas de liste d’épicerie, je n’ai pas de plan d’action, je n’ai pas de réponses. Pas encore. Nous devrons tous prendre un long moment de réflexion et digérer le résultat d’hier. Mais chose certaine, pour le Parti québécois, le statu quo sera fatal.

Oui, la charte. Elle a pesé lourd. Pas tant par son contenu (sur lequel une vaste majorité de Québécois s’entendent, exception faite de la disposition concernant les signes religieux) que pour le tort (irréparable?) qu’elle a causé à la teneur de notre débat public et, surtout, aux relations avec les minorités. Ces minorités avec lesquelles nous devons impérativement bâtir des relations, pas brûler des ponts. Pour faire simple, on attire plus de mouches avec du miel qu’avec du vinaigre. À tort ou à raison, la charte a été perçue comme une attaque frontale envers elles. Nous ferons l’indépendance avec nos minorités, pas en dépit d’elles. Jeter au panier cette fragile et nécessaire relation dans l’espoir d’obtenir un mandat de gouvernement, même majoritaire, c’est irresponsable en plus d’être contre-productif : s’il faut miner l’éventualité d’une vaste majorité indépendantiste pour espérer installer le Parti québécois au pouvoir, quel est l’intérêt? L’impulsion électoraliste est naturelle, mais elle ne doit pas nous faire perdre de vue l’objectif ultime.

Aussi, par l’absence d’arguments rationnels et de preuves avérées (autres qu’anecdotiques) pour la justifier. Par la rhétorique nauséabonde et la parole repoussante qu’elle a libérées. Cette charte, ce n’est pas le Parti québécois que j’ai connu. Ce n’est pas celui de Lévesque, ce n’est pas celui de Parizeau, ce n’est pas celui de Bouchard et ce n’est pas celui de Landry. Pas pour rien que les trois derniers ont mis en garde le leadership du parti sur les effets délétères de ce débat. Faites toutes les blagues de belles-mères que vous voudrez, force est de constater ce matin qu’ils avaient raison. Il y a moyen, et le PQ l’a prouvé dans le passé, de défendre une conception civique de la nation et de protéger la langue française et la culture québécoise, tout en évitant les eaux boueuses dans lesquelles Bernard Drainville nous a tous plongés pour des raisons somme toute encore inexplicables.

La question de la souveraineté a aussi joué un rôle. On peut certainement blâmer Philippe Couillard pour sa campagne de peur sur le référendum (avec raison, on se croyait en 1980!), mais lorsque le Parti québécois réagit en précipitant l’enjeu sous le boisseau avec autant de vigueur (« Il n’y en aura pas, de référendum! »), ça contribue à refroidir le plus ardent des indépendantistes. Si le choix se situe entre un parti centriste qui ne fera pas de référendum et un autre parti centriste qui ne fera pas de référendum, on comprendra pourquoi la motivation à se rendre au bureau de vote fut si faible. Il y a aussi eu d’autres enjeux, (l’environnement, l’énergie, les services publics, etc.), où les différences entre les principaux partis sont devenues si ténues que ceux pour qui ces questions sont primordiales ont préféré aller voir ailleurs ou rester à la maison. L’ensemble de ces facteurs a eu pour résultat un taux de participation légèrement inférieur à 2012, ce qui n’est jamais bon signe pour le Parti québécois.

Notre mode de scrutin largement bipartite étant ce qu’il est, les Québécois se sont réfugiés dans les bras d’un parti qu’une vaste majorité d’entre eux considèrent corrompu jusqu’à la moelle. Ne vous en déplaise, cela en dit beaucoup plus long sur le PQ que sur le sens politique des Québécois. Je comprends le réflexe de chercher des boucs émissaires (QS, la CAQ et le PLQ, les médias, les abstentionnistes, les stratèges péquistes qui ont commis des erreurs stratégiques, les vieux, les immigrants, les étudiants, l’Ontario, Stephen Harper, Thomas Mulcair ou Justin Trudeau, la météo, le confort et l’indifférence…), mais il vous faut à tout prix rejeter ce réflexe. Si le PQ cherche un coupable, il n’a qu’à regarder dans le miroir. Pour régler un problème, il faut d’abord en admettre l’existence. L’examen de conscience doit impérativement être fait, et il doit être fait maintenant. Personne ne veut voter pour un parti de perdants qui se cherchent des excuses, de toute façon. Cette défaite historique n’est pas un accident de parcours, ce n’est pas une aberration momentanée de notre système d’alternance. Les lignes ont commencé à bouger. Le plus tôt les péquistes s’en rendront compte, le mieux ils (et le Québec tout entier) s’en porteront. J’envoie ce message aujourd’hui, parce que je sais qu’il y a plein de gens de qualité au Parti québécois (j’en connais personnellement) qui sauront l’entendre et le comprendre. J’espère seulement qu’ils seront assez nombreux.

En terminant, un mot sur Pauline Marois. Celle qui a fait l’histoire en devenant la première femme à diriger le Québec ne méritait peut-être pas une correction aussi sévère, bien que son parti méritait d’être sanctionné. Au fil de sa longue carrière politique, elle a servi le Québec avec honneur et nous devons la remercier pour les batailles qu’elle a menées, et souvent remportées, en notre nom. La configuration des choses rappelle un peu le cas de Gilles Duceppe en 2011 : peut-être regretterons-nous, au fur et à mesure que la gouvernance libérale reprendra ses droits sur notre destinée collective, le sort que nous lui avons fait subir. Mais les lois de la politiques, cruelles, sont ainsi faites : elle est responsable du résultat, comme de la stratégie qui y a mené. Elle a assumé cette responsabilité dignement hier soir en annonçant sa démission et en ouvrant la porte à un renouveau au sein de son parti. J’espère sincèrement que tous les autres membres du Parti québécois, de la base au sommet, assumeront aussi les leurs.