BIGOT (adj., péj.): Dont la dévotion étroite se fourvoie dans des manifestations formelles et/ou superstitieuses.

Non, le présent article ne portera pas sur la récente manifestation contre le mariage gay en France. Même si, au contraire de Christian Rioux dans sa chronique hebdomadaire, je considère que cette manif a surtout permis aux homophobes et aux intolérants de sortir à la lumière du jour, sans apporter grand chose au débat public. Je suis évidemment favorable au débat sur tous les sujets, mais encore faut-il que les deux camps acceptent de débattre sur des faits scientifiquement valides et vérifiables, et non seulement sur les opinions personnelles issues de leur petit esprit étroit. Espérons que les débats parlementaires, ceux qui auront lieu à l’Assemblée nationale et au Sénat, seront d’un niveau intellectuel plus élevé.

Non, le présent article portera plutôt sur des bigots bien de chez nous. On apprenait cette semaine que le comité sur la question de « Mourir dans la dignité » a déposé un premier rapport. Le gouvernement Marois prévoit déposer un projet de loi d’ici l’été pour en appliquer les principales orientations. Rappelons que la commission parlementaire itinérante sur le sujet, tenue en 2010-2011 et dirigée de main de maître par les députés Véronique Hivon (PQ) et Geoffrey Kelley (PLQ), avait reçu des éloges à gauche comme à droite pour son ton posé et le soin délicat apporté à ses travaux. Même si le rapport ferme la porte au suicide assisté comme tel, il propose d’encadrer certaines pratiques médicales afin d’offrir aux malades en fin de vie le « droit de choisir ».

Mais bien entendu, nos bigots et nos étroits d’esprit ne le voient pas comme ça. Dans une lettre ouverte ce matin, le Dr. Patrick Vinay assimile cette plutôt cette proposition au reniement du « droit à la vie » et à une attaque contre le « tissu même de notre égalité et de notre société ». Cet argument débile, qui ressemble à s’y méprendre à ceux crachés par les bigots français susmentionnés, ne tient évidemment pas la route. Personne n’aspire à retirer le droit à la vie de qui que ce soit. Ceux qui voudront garder les yeux ouverts jusqu’à une fin « naturelle » seront évidemment toujours soutenus. La proposition du comité vise à offrir davantage de droits, pas à en retirer! Offrir un choix aux personnes malades, c’est exactement le contraire de les contraindre ou de les forcer.

Le Dr. Vinay ne se prive pas non plus de tomber dans la démagogie. Lorsqu’il parle d’euthanasies « parce que la vue et l’ouïe faiblissent » ou des familles « qui veulent en finir parce que le mourir est trop long », il utilise évidemment le sophisme de la pente glissante, un argument d’une nullité absolue. Tout comme lorsqu’il met en opposition les soins palliatifs et le choix de mourir dignement. Comme si les deux étaient mutuellement exclusifs, qu’offrir un choix supplémentaire aux malades signifie nécessairement que l’offre de soins palliatifs soit réduite. C’est évidemment un mensonge éhonté, comme les auteurs du rapport l’ont maintes fois répété. Visiblement, la seule manière pour les bigots de cet acabit d’espérer gagner un débat d’idées, c’est de caricaturer l’adversaire en déformant sa position pour mieux le prendre en défaut.

Mais au-delà de l’argumentaire intellectuellement déficient du Dr. Vinay et de son incapacité à comprendre (ou à admettre) les nuances, sa position soulève des questions. Pour qui se prend cet homme? Au nom de quel principe s’octroie-t-il le droit de chercher à imposer ses valeurs et son code moral à ses concitoyens? Car c’est exactement ce qu’il cherche à faire: il désire que l’État contraigne et limite les choix disponibles aux malades en fin de vie aux seuls choix qu’il considère moralement acceptables.

Peut-être que le Dr. Vinay n’a pas vu le mémo: Nous vivons au sein d’une démocratie et d’un État de droit libéraux. Ce qui signifie, en gros, que l’individu est libre de ses propres choix, en autant que cela n’aille pas à l’encontre de l’intérêt général ou des droits de ses concitoyens. Dans le cas qui nous occupe, cela signifie que le droit de vivre (et de profiter de soins palliatifs) doive cohabiter avec le droit de mourir. Et que la décision de choisir l’un ou l’autre relève, non pas de l’État, mais de l’individu. En d’autres termes, dans un État de droit, il faut une raison valable pour interdire quelque chose, pas pour permettre quelque chose.

Et la lettre ouverte du Dr. Vinay démontre, bien malgré lui, que les raisons valables pour priver les malades de ce choix n’existent pas.

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