Pourquoi pas un accommodement sportif?

L’actuel débat sur le port du turban sur les terrains de soccer fut très mal engagé. Immédiatement, on en a fait une question d’accommodement religieux « classique » ce qui, comme les autres questions de société que nous avons traitées de cette manière depuis quelques années, a immédiatement amené son lot d’excités, qui ont aussitôt envahi le débat public. De part et d’autre, les vierges offensées se sont mises à crier, soit à l’injustice et à la tyrannie de la minorité, soit à l’intolérance et à la tyrannie de la majorité.

Heureusement qu’il y a Foglia. Comme il le fait souvent, l’auguste chroniqueur de La Presse a changé les termes du débat et, ce faisant, l’a rendu plus intelligible et surtout, plus digeste. Comme il l’explique dans sa chronique du 6 juin, la Fédération québécoise de soccer a rendu la bonne décision…pour le mauvais motif. Chacun admettra plutôt facilement que les risques rattachés au port du turban sont minimes, voire négligeables. Du moins, nous ne disposons d’aucune donnée à l’effet inverse. Tous ceux qui pratiquent un sport savent, en pleine connaissance de cause, qu’ils encourent des risques de blessure à chaque minute de jeu, même si toutes les précautions sont prises. Si on désire atteindre le risque zéro, il vaut mieux regarder du soccer à la télé, bien calé dans un fauteuil, plutôt que d’y jouer. Et encore.

Ce qui est en question ici, ce n’est pas la sécurité du sport. C’est son universalité. Pour pratiquer un sport dans un cadre homologué, sanctionné par une autorité, on doit obéir à ses règles. Les règlements du jeu, certes, mais aussi ceux liés à l’uniforme. Dans le cas du soccer (auquel je dois avouer ne pas connaître grand chose par ailleurs), les souliers à crampons doivent respecter certaines spécifications. Les joueurs doivent porter un short et un maillot avec des manches, dont les couleurs doivent respecter celles de l’équipe. Les bijoux sont interdits. Peut-on jouer en sandales? Non. Peut-on jouer en camisole, en jeans, en bedaine? Non. Peut-on porter un turban, une casquette, une tuque des Expos avec un pompon tricolore? Non. Ces règles visent-elle à brimer la liberté d’expression ou de conscience des joueurs? Non. Elle visent à assurer la sécurité de tous, certes, mais aussi l’uniformité du jeu, ainsi qu’à signifier l’appartenance à l’équipe. C’est important.

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Ainsi, pendant 90 minutes (plus les arrêts de jeu), tout le monde est vêtu de manière identique. Tout le monde fait partie de l’équipe. Tout le monde travaille ensemble. Qu’on soit blanc, noir ou d’une autre couleur de peau. Francophone, anglophone ou allophone. Sikh, musulman ou athée. Garçon ou fille (dans les ligues mixtes). Riche ou pauvre. Pendant 90 et quelques minutes, tout cela ne veut plus rien dire. Tout cela est sans importance. Chacun est là pour jouer. Pour gagner, ou simplement pour participer, pour s’amuser. Est-ce si déraisonnable de faire primer les valeurs sportives, pour quelques minutes, le temps d’un match? Oui, les valeurs sportives. Comme les valeurs religieuses que certains affichent avec fierté, il existe une telle chose que les valeurs sportives. Des valeurs comme l’égalité, la saine compétition, le plaisir, la santé, la camaraderie. Et oui, l’universalité. Ce ne sont pas de belles valeurs à inculquer aux jeunes, ne serait-ce que le temps d’un après-midi au parc du quartier? Où est l’excès là-dedans?

Cette universalité fait en sorte que, qu’on soit à Marseille à ou Bamako, à Mumbai ou à Brossard, tout le monde peut jouer, tout le monde peut participer, précisément parce que les règles du jeu sont universelles, identiques peu importe où l’on se trouve dans le monde. Le sport, pratiqué ainsi, est un outil extrêmement puissant pour transcender les différences et les divisions. Les Jeux Olympiques, antiques comme modernes, font le pari de la paix et de la tolérance via l’universalité du sport. Ce principe a autant de valeur que celui de la protection des droits individuels. C’est sans doute le raisonnement derrière la règle édictée par la FIFA, la fédération internationale qui chapeaute le soccer dans le monde. Règle que la FQS doit appliquer à son tour, dans le même esprit d’universalité et d’uniformité des règles.

Les accommodements religieux, s’ils sont raisonnables, ont leur place dans une société libérale et un État de droit tels que les nôtres. Ce devrait aussi être le cas des accommodements sportifs. 90 minutes à la fois. Ce qui, je crois, passe le test de l’accommodement dit raisonnable.

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