Pour comprendre le PLQ: petit exercice de politique fiction

Avec tous les débats sur l’avenir du Parti québécois la semaine dernière, le retour au pouvoir du Parti libéral est pratiquement passé sous le radar. Alors que les équipes de transition sont à l’œuvre et que la passation des pouvoirs avance, la question vient naturellement : À quoi pouvons-nous nous attendre des quatre prochaines années de règne libéral? Les cyniques auront une réponse toute prête, bien sûr : Quatre ans de révélations scandaleuses, de relations douteuses entre nos décideurs politiques et une poignée d’entrepreneurs véreux, etc.

Mais si on porte le regard ailleurs un instant, qu’est-ce qui nous attend en termes de politiques publiques? C’est bien beau parler des vraies affaires mais en soi, ça ne veut strictement rien dire. Dans quelle direction irons-nous? Qu’est-ce que ça signifie, être libéral? Quel est le projet de société porté par le PLQ? Les réponses à ces questions sont loin d’être évidentes.

Pour mettre les choses en perspective, faisons l’exercice pour les trois principaux adversaires du PLQ.

Parti québécois

Évidemment, plusieurs dont moi-même l’ont déjà noté, le PQ a défendu la souveraineté de manière excessivement molle durant la campagne électorale. Il a caché son option. Malgré cela, le projet de société mis au point par le PQ au fil des décennies demeure évident: un État québécois souverain et indépendant. On peut être en accord ou non avec cette proposition, mais elle a le mérite d’être claire. Si on donne les clés du pouvoir au PQ, à terme, on peut croire que le Québec renouvellera son système politique et rédigera sa propre constitution. On peut penser à une république par exemple, dotée d’un régime de type présidentiel ou encore semi-présidentiel. Le Québec se doterait aussi de sa propre politique étrangère et prendrait position sur la scène internationale en matière de commerce, d’énergie, d’environnement et de climat, etc. L’État social québécois subirait aussi vraisemblablement une certaine évolution, sans toutefois changer radicalement : l’assurance-emploi serait par exemple rapatriée à Québec et amarrée au reste de notre filet social. Rien de cela n’est coulé dans le béton et bien des politiques publiques sont impossibles à prévoir au-delà du changement de régime, bien entendu, mais ça nous donne quand même une idée du projet de société promu par les péquistes. Bref, une image nous vient en tête.

Québec solidaire

Étant aussi un parti souverainiste, on peut penser que les solidaires proposeraient, sur le plan institutionnel, quelque chose de semblable au projet péquiste ci-haut. QS propose d’ailleurs la rédaction d’une constitution par le biais d’une Assemblée constituante. Mais évidemment, les solidaires portent aussi des valeurs progressistes, féministes et écologistes qui se situent au cœur de leur engagement politique. On peut donc croire qu’un Québec dirigé par les solidaires développerait son État-providence dans une certaine mesure. Les programmes sociaux (et le caractère progressif du système fiscal qui les financent) seraient vraisemblablement renforcés, tout comme le seraient nos lois environnementales. On peut croire, par exemple, que le financement des transports publics serait revu à la hausse, et sûrement au détriment de l’expansion du système routier. Connaissant l’intérêt marqué de QS pour les questions minières et énergétiques, on peut aussi penser que l’exploitation de nos ressources naturelles changerait profondément. En particulier, le rejet des énergies fossiles et le virage vers les énergies vertes seraient sans doute accélérés. Considérant l’effort particulier fait par ce parti pour amener plus de femmes en politique, la composition de l’Assemblée nationale ne serait certainement plus la même. L’idée de privatisation des services publics, en tout ou en partie, serait certainement évacuée. Bref, encore ici, il est plutôt aisé de peindre un portrait, peut-être simpliste au demeurant, d’un Québec dirigé par QS.

Coalition avenir Québec

Sur le plan constitutionnel, la CAQ est un parti fédéraliste. Puisqu’elle ne cherche pas à changer le statu quo, un Québec mené par la CAQ demeurerait une province canadienne. Ensuite, au cœur du projet politique de ce parti se situe le « ménage » dans l’État québécois. On peut donc faire le pari que, sous la Coalition, la fonction publique (et donc, forcément, les programmes sociaux) seraient allégés. Le fardeau fiscal des contribuables suivrait vraisemblablement la même courbe. Considérant le combat de la CAQ contre les commissions scolaires et les agences de santé, on peut aussi penser que l’État québécois se décentraliserait dans une certaine mesure. Il est aussi raisonnable de faire l’hypothèse que la CAQ continuerait sur le chemin de la déréglementation administrative; ce parti semble avoir la « paperasse » en sainte horreur. La présence du secteur privé dans des secteurs aussi variés que la santé, l’énergie ou les ressources naturelles irait probablement à l’avenant. Bref, on voit un peu l’inverse de l’image générée par QS : un État moins présent et une couverture sociale plus mince en retour d’impôts moins élevés. Encore une fois, il s’agit d’un portrait dressé à gros traits, qui généralise certainement à outrance, mais il demeure que ledit portrait vient plutôt aisément à l’esprit, non?

Parti libéral du Québec?

Retour à notre question initiale : qu’en est-il du PLQ? Écartons d’abord les évidences : comme la CAQ, le Parti libéral est fédéraliste. Donc, pas de changement à prévoir sur ce plan. Comme le PQ, il est plutôt centriste dans son approche socio-économique. En effet, les deux sont partisans d’un État plus ou moins interventionniste, incluant certains mécanismes redistributifs mais laissant aussi une grande place à l’économie de marché. Encore là, il s’agit grosso modo de la politique menée par tous nos gouvernements depuis environ 50 ans.

Mais l’avenir, lui? Où le Parti libéral veut-il nous amener? A-t-il des nouvelles idées dans sa besace, des réformes à implanter? Quelles sont les solutions innovantes du Parti libéral à nos problèmes collectifs?

Posons la question autrement : quelle est la différence entre un gouvernement libéral majoritaire et un potentiel gouvernement technocratique, où des fonctionnaires apolitiques appliquent les lois et gèrent les programmes existants?

On dit souvent que gouverner c’est choisir. Mais c’est aussi, au-delà de la simple administration à la petite semaine, imprimer certaines valeurs à la conduite des affaires de l’État. C’est proposer une vision d’avenir. C’est dessiner les plans d’un projet.

Le 7 avril dernier, le Parti libéral du Québec nous a demandé de récupérer le pouvoir. Ma question est la suivante : Pour en faire quoi?

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